R-1813(Ob)
Ligne égarée
- Classification
- Objet
- Niveau
- II
- Habilitation
- Public
Rapport
« Prends bien soin de ton billet. »
Histoire de l’anomalie
Kapanela sortit de la rivière glacée, trempé de la tête aux pieds et grelottant dans le vent du soir. Il ne désirait qu’une chose : rentrer chez lui, retrouver la chaleur du poêle et le dîner préparé par sa mère aimante. Lorsqu’il atteignit l’arrêt de bus en titubant, il comprit qu’il avait raté le dernier bus.
« Quelle chance… » marmonna-t-il en réfléchissant au chemin qu’il prendrait pour rentrer.
À cet instant, un bus s’arrêta au bord de la route. Kapanela ne l’avait jamais vu, et il ne ressemblait à aucun bus qu’il avait emprunté auparavant. Lorsque le conducteur ouvrit la porte, Kapanela découvrit avec stupeur Xiaomin, le petit chien qu’il avait autrefois élevé et qui était mort avant son entrée au collège. Xiaomin tenait le volant de ses deux pattes et portait une casquette de conducteur.
Xiaomin klaxonna. « Monte, Kapanela ! »
« Tu sais parler ?! » s’exclama Kapanela. « Cela fait si longtemps, Xiaomin ! Tu m’as tellement manqué ! »
Kapanela monta avec enthousiasme dans le bus. Tout en regardant le paysage défiler, il raconta à Xiaomin tout ce qui s’était passé au fil des années et lui confia tous ses problèmes à l’école.
Le bus s’arrêta bientôt à la station suivante, où un Frizzle monta à bord.
« Tu veux goûter mes frites ? » demanda chaleureusement le Frizzle. « Je n’avais encore jamais vu d’humain dans ce bus ! »
Kapanela prit une frite au Frizzle et la mit dans sa bouche. Elle était croustillante, bien salée, et le goût intense de la pomme de terre se répandit sur sa langue.
« C’est délicieux ! s’écria Kapanela. On peut devenir amis ? Comme ça, j’aurai des frites à l’infini ! »
« Bien sûr ! On sera les meilleurs amis pour toujours ! »
Le bus arriva bientôt à l’arrêt suivant, où montèrent deux Danzaburou. Ils semblaient se disputer, presque prêts à en venir aux mains. Kapanela s’empressa de s’interposer et apprit qu’ils étaient en réalité amis : chacun reprochait à l’autre de s’être levé trop tard et d’avoir failli leur faire rater le bus ! Grâce à sa médiation, ils purent se mettre d’accord et passer à autre chose.
« À l’école aussi, tu réconcilies toujours tes amis quand ils se disputent ? » demanda l’un des Danzaburou.
« Non… Je n’ai pas d’amis à l’école, répondit Kapanela. Ils m’embêtent tout le temps. Une fois, ils ont même jeté mes devoirs dans la rivière, alors j’ai dû aller les chercher dans l’eau. Mais ce n’est pas si grave… De toute façon, personne ne me parle. S’ils arrêtaient de m’embêter, plus personne ne ferait attention à moi. »
« Alors, à partir de maintenant, on sera tes amis. »
Kapanela était aux anges. En si peu de temps, il s’était fait tout un tas d’amis.
Le bus s’arrêta de nouveau et un Mysty monta à bord. Il regarda autour de lui et repéra vite Kapanela, qui ne passait pas inaperçu.
« Hé ! Que fait un humain ici ? s’exclama le Mysty. Descends, vite ! On arrive presque au Terminus. Une fois là-bas, tu ne pourras plus repartir. »
« Il y a quoi, au Terminus ? » demanda Kapanela.
« Je ne sais pas. Je n’y suis jamais allé non plus. On dit que, pour les humains comme pour les curiosités, on ne peut atteindre le Terminus qu’une seule fois dans sa vie. »
« Alors, s’il vous plaît, laissez-moi venir avec vous. Vous êtes tous mes amis, et je n’en ai jamais eu autant. Je m’amuse plus dans ce bus que je ne me suis jamais amusé de toute ma vie ! »
Voyant qu’il ne pouvait pas convaincre Kapanela, le Mysty n’ajouta rien.
Après un moment, Xiaomin prit soudain la parole. « Nous venons d’entrer dans le Terminus. Veuillez regarder par les fenêtres des deux côtés du véhicule. »
Kapanela se pressa contre la vitre et regarda dehors. Le paysage d’Hethereau avait disparu, remplacé par un ciel rempli d’étoiles. Plus exactement, des étoiles l’entouraient, flottant dans l’espace. Rouges, jaunes, bleues… De toutes les couleurs, elles scintillaient comme des cristaux de sucre. Peu à peu, Kapanela oublia le passé, d’où il venait, ses parents, le chemin de la maison et, enfin, qui il était. Devant l’immensité éblouissante des étoiles, il s’exclama du fond du cœur :
« Oh là là… à partir de maintenant, il n’y a plus que des étoiles… »
Caractéristiques de l’anomalie
Extérieurement, la Ligne égarée ne présente pas de différence notable avec les autres bus. Sa carrosserie est seulement un peu plus grande.
L’anomalie possède une capacité singulière à attirer les curiosités, en particulier celles de bas niveau.
Le temps nécessaire à la Ligne égarée pour effectuer son trajet complet varie, généralement en fonction du nombre de curiosités qui montent à chaque arrêt.
L’anomalie peut maintenir une vitesse presque constante en déplacement. Sa vitesse maximale se situe entre environ 40 et 45 miles par heure.
L’anomalie ne possède aucune conscience autonome et ne réagit pas aux interventions du conducteur. Le bus peut donc être facilement conduit par des humains ou des curiosités non affectés, ce qui explique en grande partie son classement comme objet.
Nexus d’anomalie
Remettre l’anomalie en confinement
Évaluations des risques
Stable
Statut de confinement
Confinée, sous la garantie du Bureau de contrôle des anomalies, et exploitée sous surveillance.
Compte rendu d’expérience
Les expériences suivantes ont été menées sur le Royaume anomalique dans lequel la Ligne égarée entre lorsqu’elle se rend au Terminus par ses propres moyens :
Des caméras et des enregistreurs audio ont été installés dans le bus. Après son entrée dans le Royaume anomalique, les images présentaient des parasites radiaux, tandis que le son se limitait à un bruit irrégulier de basse fréquence. Les appareils ont perdu la connexion après une douzaine de secondes.
Un robot à chenilles équipé de caméras et de matériel de prélèvement a été utilisé. Après son entrée dans le Royaume anomalique, son signal s’est rapidement dégradé avant d’être perdu au bout de 5 à 8 secondes.
Une curiosité de bas niveau a été utilisée pour transporter du matériel expérimental, son comportement étant contrôlé par une simple stimulation neuronale bioélectrique. Son signal a été perdu dès son entrée dans le Royaume anomalique.
Déduction : la rapidité avec laquelle le Royaume anomalique bloque les signaux semble augmenter avec l’intelligence de ce qui y entre. Plus un objet est jugé intelligent, plus vite sa connexion avec le monde extérieur est perdue.